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Qu'est-ce que la Médecine Traditionnelle Tibétaine ?

 

«Sorig » est le nom officiel de la médecine tibétaine, une combinaison des mots « Sowa » traduit par guérison ou nourrir et « Rigpa» qui signifie science. Dans cet exposé, nous partirons des fondements médicaux tibétains avec l’établissement d’une typologie pour comprendre le diagnostic et le panel des traitements prodigués dans ce domaine.

 

sowarigpa

Sowa rigpa

 

A / Principes fondamentaux :

 

1. Tendrel : interdépendance

Le savoir médical tibétain remonte entre 7000 et 10 000 ans avant notre ère.

Il est apparu avec les habitants des hauts plateaux tibétains qui, observant le comportement des animaux pour se soigner ont commencé à établir des principes de guérison.

Un des concepts de base de la médecine traditionnelle tibétaine est appelé Tendrel. TEN veut dire dépendance et DREL signifie connecté. En d'autres mots c'est ce que l'on appelle l'interdépendance. La vision holistique provient également de cette idée que tout est relié.

 

2. Dju wanga : les 5 éléments

Partant de ce principe, les cinq éléments : l'espace (Namkha), le vent (rLung), le feu (Me), l’eau (Chu) et la Terre (Sa) sont à la base de toute création matérielle, notamment celle du corps.

Tout naît, se développe et meurt grâce aux cinq éléments. C'est aussi le liant qui permet de nous intégrer à notre environnement. Vous pourrez trouver plus de précision sur les cinq éléments là : La théorie des cinq éléments

 

L’amchi, c'est-à-dire le médecin va rechercher l’équilibre du corps à travers les cinq éléments. Ce processus est fondamental dans un diagnostic ou pour le traitement. Tout se fait par une synthèse et des connexions entre les éléments internes et externes au corps.

Par exemple le rLung (vent) circule dans les oreilles et les os et les relie, et par ailleurs, les oreilles sont reliées aux reins. Ceci constitue une des prises en compte pour compléter un diagnostic et obtenir un traitement profond. Ces connexions se font simplement au début pour éviter les confusions. On observe si le déséquilibre est froid ou chaud puis on défini la ou les humeurs concernées et les organes à corréler. Cela constitue la trame de fond d’un diagnostic.

 

3. Nye pa sum : les 3 humeurs

Entre en compte la théorie des trois humeurs : rLung, Tripa, Bekhan, traduites respectivement par Vent, Bile et Phlegme.

Chaque humeur nait aussi de l’union des cinq éléments :

 

Humeurs

Eléments

Qualité

Métaphore

Rlung

(Vent)

Espace + vent

(Namkha + rlung)

Neutre

singe

Tripa

(Bile)

Espace + feu

(Namkha + me)

Chaud

Tigre

Bekhan

(Phlegme)

Espace + eau+terre

(Namkha + chu + sa)

Froid

Eléphant

 

 

 

L’amchi établit durant le diagnostic la typologie d’une personne en fonction de ces trois humeurs.

Elles sont toutes trois présentes en chacun, mais à des proportions différentes :

 

 

Typologies

Pourcentage

1

KYANG PA

Type simple

60 /20 /20

 

rLung (vent)

 

 

 

Tripa (bile)

 

 

 

Bekhan (phlegme)

 

 

2

DAN PA

Type double

40 /40 /20

 

rLung + Tripa

 

 

 

rLung + Bekhan

 

 

 

Bekhan + Tripa

 

 

3

DUS PA

Type triple - équilibre

33 /33 /33

 

rLung + Tripa + Bekhan

 

 

 

 

 

Une humeur s’envisage d’un point de vue interrelationnel comme nous l’avons vu et elle se décèle durant le diagnostic.

 

Une humeur peut être en excès ou en déficit et une typologie peut être en fonction de ses combinaisons, froide, chaude, neutre.

 

 

 

B / Le diagnostic :

 

Une fois compris, les principes restent en toile de fond pour établir un diagnostic.

 

Le diagnostic se divise en trois parties :

 

1. l’observationdu patient : peau, œil, oreilles, langue, urine

 

2. la prise des douze pouls différents relatifs à chaque organe et de pouls plus subtils

 

3. l’anamnèsecomplète qui décortique le mode de vie, les goûts préférés, les réactions climatiques, le sommeil et les rêves, l’alimentation, l’état de pensée, les relations aux monde extérieur, aux gens…

 

 

 

C / Le traitement :

 

 

 

L’amchi ajustera toujours son traitement en fonction des réactions du corps et de l’état d’esprit et pourra être amené à agir en plusieurs étapes afin qu’en équilibrant une humeur cela ne crée pas de déséquilibre d’une autre humeur.

 

Les thérapies travaillent sur l’anatomie du corps et la circulation, sur l’énergie du corps et sur l’esprit.

 

Elles se divisent en quatre parties :

 

1. l’alimentation

 

2. le style de vie

 

3. les médicaments

 

4. les thérapies externes

 

 

 

On agit en priorité sur l’alimentation et le style de vie en tenant compte de la saison. Ainsi on conseille à une personne de typologie Bekhan (phlegme) d’éviter de consommer du lait ou trop de produits laitiers, de remplacer le sucre par du miel, de rester dans des endroits chauds et secs…

 

L’apport de substances qui guérissent c'est-à-dire les médicaments sont extraits de la nature : plantes, minéraux et quelques substances animales. Cet apport de médicament peut se faire de façon très soft et néanmoins efficace en utilisant des épices ou des condiments dans son alimentation. Pour notre cas Bekhan on préconise le poivre noir et toute substance réchauffante par exemple.

 

Fondements 2888

Pilules composées de substances naturelles

 

Autrement, les médicaments sont souvent des composés ingérés sous forme de poudres, de pilules ou décoctions. La médecine tibétaine recèle 2 293 ingrédients médicinaux, végétaux, substances animales telles que la corne, la carapace de crabe et des substances minérales comme les turquoises, la calcite, le quartz. Certaines pilules appelées pilules précieuses et données en dernier recourt peuvent contenir de nombreux composants y compris des pierres précieuses et semi-précieuses telles que le quartz, la turquoise ou le diamant.

 

L’étude de l’herboristerie, la cueillette des plantes fait partie intégrante des études en MTT.

 

back view of human anatomy hz60

Planche anatomiqe traditionnelle

 

Quant aux thérapies externes, il y en a six types :les saignées (Targa), la moxibustion (Metsa), les compresses (Dugs), les bains médicinaux (Lum), le massage (Ku Nye) et l’acupuncture (Chu). Chacune de ces thérapies possèdent des sous parties ce qui élève à près de soixante dix types de traitement. La pose de ventouse est à ce propos considérée comme partie intégrante des saignées car les deux techniques se pratiquent parfois ensemble.

 

On préconise à notre cas en excès de Bekhan des compresses chaudes et de la moxibustion qui est une technique qui consiste à réchauffer certains points du corps. Cette thérapie est aussi très efficace sur le stress ou pour les douleurs menstruelles.

 

 

 

D / L’apprentissage

 

 

 

1. Les textes médicaux

 

L’apprentissage se fait selon les quatre tantra de médecine regroupés sous le terme générique de Gyu Shi (bZhi rGyud) et rassemblant la théorie générale de la science médicale tibétaine ; y sont exposés 84 000 maladies, les méthodes de soin avec 2 293 ingrédients médicinaux.

 

2. Les tangkha

 

Les étudiants en MTT apprennent par le biais de tangkha (peintures traditionnelles) qui illustrent les plans fondamentaux de la médecine sous forme d’arbre et de nombreuses planches anatomiques et de ce qui constitue la Materia Medica, les traitements... (Voir Tibetan Medical Paintings: le béryl bleu )

 

3. Texte spirituel

 

Yuthok Yonten Gonpo Le Jeune (1126-1202) a créé «deux bijoux, à savoir les quatre Tantras et Yuthok Nyingthig (gyu Thog snying Thig).

 

Yuthok Nyingthig est une pratique spirituelle très importante pour les médecins traditionnels tibétains et les praticiens de guérison. Yuthok Nyingthig signifie «l'essence intime de Yuthok Teachingof". Cette pratique est réalisée grâce à l'intégration harmonieuse du corps, de l'esprit et de l'énergie dans la forme la plus subtile des cinq éléments.

 

Le traité racine de Yuthok Nyingthig expose les enseignements spirituels de Yuthok et s’étudie aussi avec des commentaires.

 

La pratique qui lui est relative comprend des exercices physiques, du yoga, de la méditation et fait partie intégrante de la formation de chaque médecin.

 

4. La pratique

 

IMGP5924

Hôpital de Malho, province de l'Amdo, Tibet oriental

 

 

 

 

La pratique médicale tibétaine n’est malheureusement pas reconnue en France à l’heure actuelle. Ce savoir ancestral qui pourtant fait ses preuves lorsqu’il est intégré est enseigné dans le monde entier.

 

Le Men-Tsee-Khang qui fut créé en 1916 à Lhassa au Tibet par le treizième Dalaï Lama est maintenant situé en Inde, à Dharamsala depuis 1961 avec le quatorzième Dalaï Lama. Cet institut de référence continue de promouvoir la MTT par la conservation de ce savoir, l’apprentissage et la fabrication écologique et respectueuse de médicaments. On y apprend la médecine ainsi que l’astrologie et l’astronomie et on y prodigue des soins gratuits pour les plus nécessiteux.

 

En Suisse le laboratoire Padma propose quelques médicaments qu’il fabrique lui-même.

 

La Chine, qui a su reconnaître la qualité des soins tibétains, possède de nombreux hôpitaux spécialisés et équipés en ce sens.

 

Autant soulever aussi la question d’une fabrication impossible en masse de médicaments tibétains au risque d’appauvrir la diversité écologique, de bafouer la nature et de tomber dans un écueil commercial.

 

De fait, la pratique la plus représentée dans notre pays consiste à ne pas « percer la peau » c'est-à-dire empêche la pratique de l’acupuncture ou des saignées pourtant très efficace. Elle peut s’y résumer en conseils alimentaires, comportementaux, le massage, les ventouses, la moxibustion, les décoctions ou confections de poudres composées de plantes et que l’on peut faire soi-même…

 

 

 

 

 

 

 

Finalement, le bouddhisme étant une possibilité de la médecine, il se comprend comme une psychologie de l’individu. En effet, il ne s’agit pas tant d’ériger des dogmes mais bien de rendre acteur de sa guérison chaque patient dans sa manière d’intégrer et d’interagir avec l’environnement extérieur. On peut pratiquer la médecine tibétaine sans être bouddhiste et respecter son corps, ce qui l’entoure et le constitue.

 

La façon bouddhiste de guérir apporta des rituels (contre les provocations) et des méthodes différentes de guérison spirituelle comme des mantras, des concepts astrologiques.

 

Cette science médicale, transmise de génération en génération a également rencontré et intégré la plupart des systèmes locaux : ayurvédiques, grecs et celui de la médecine chinoise. L’ensemble des ces systèmes se sont réciproquement enrichis. Tout en absorbant des influences diverses, la Médecine Traditionnelle Tibétaine reste bien distincte et enseigne la voie du juste milieu en évitant toute sorte d’excès.



 

S. Ladic – 2011 – http://medecine-traditionnelle-tibetaine.over-blog.com

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